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Historique

Des noms de communes "… -en-Saosnois", un ruisseau "la Dive saosnoise", conservent le nom - utilisé parfois abusivement - d'une entité territoriale recouvrant deux réalités différentes. "Région agricole", le Saosnois se borne aux marnes de la région de Marolles-les-Braults ou déborde sur les calcaires marneux et atteint la limite départementale. Réalité historique, il tient à la reconnaissance d'un "pays traditionnel" enraciné dans I ’existence d'une ancienne baronnie de Mamers édifiée par la famille de Bellême pour regrouper ses domaines du Haut-Maine, entre la Normandie et le Perche dans une partie de la dépression périphérique soulignant la bordure orientale du Massif armoricain au contact du Bassin parisien et mettant en relations des espaces de la Manche aux pays de la Loire. A l'époque mérovingienne, au sortir d'un gué marécageux (Gué Chaussée) sans doute plus proche qu'aujourd'hui de la grande voie rectiligne de communication - qualifiée sans preuve de voie romaine" - Saosnes apparaît comme le centre géographique et administratif d'une clairière de défrichement d'origine gauloise peuplée depuis longtemps, la toponymie en témoigne. Sous les Carolingiens, cette condita appartient au duché du Mans, commandement militaire placé en face des Bretons.

A la charnière des Xe et XIe siècles, après un transfert de droits origine probable du Saosnois, ce vieux centre de commandement passe des comtes du Maine à la famille de Bellême. Par la suite, ces seigneurs semblent le déplacer et l'installer au château du Lurçon, sur les bords de la Bienne à la limite des actuelles communes de Saint-Rémy-du-Plain et de Neufchâtel-en-Saosnois, site qui se constitue en paroisse dans la seconde moitié du XIe siècle.

Le bourg de Mamers - mentionné pour la première fois aux Vie - VIle siècles dans les vies des ermites saint Rigomer et saint Longis - né d'une villa gallo-romaine, établie aux environs de l'actuelle place Carnot, et du prieuré dédié à la Vierge fondé au bord de la Dive par des moines christianisateurs à une époque inconnue, donné à l'abbaye Saint-Laumer de Corbion (aujourd'hui Moutiers-au-Perche) en 878, apparaît alors dans les textes comme un pôle secondaire de commandement où le moine normand Orderic Vital mentionne, vers 1088, l'existence d'un puissant château. Robert II Talvas, seigneur de Bellême, fortement responsable des désordres qui ravagent alors la région, le fait restaurer comme ceux d'Aitlières et de Blèves en même temps qu'il édifie, avec de nouvelles forteresses, une ligne de fortifications qui, sur une frontière féodale et seize kilomètres de Saosnes à Saint-Remy-du-Plam (aujourd’hui du-Val), barre les- routes qui conduisent vers les possessions des comtes du Maine. Vaincu politiquement et militairement par le roi d'Angleterre, il meurt dans ses prisons vers 1130. Son fils et successeur Guillaume III Talvas, qui ne semble pas avoir perdu le Saosnois, y fonde, dans la première moitié du XIIe siècle, une nouvelle localité, Neufchâtel (en-Saosnois), détachée du vieux château de Lurçon et de la paroisse Saint-Maurille aujourd'hui disparue. Animé de motivations religieuses, que confirme sa participation à la croisade aux côtés de Louis VII le Jeune, il établit tout près, à l'orée de la forêt, une abbaye cistercienne dont on consacre l'église en 1145. L’installation d'une nécropole familiale manifeste sa volonté d'établir là, au cœur de la seigneurie, une capitale. L'échec de ce projet profite à Mamers, bourg castraI et marchand tout proche, où il crée un nouveau quartier (le vicus des Cinq Ans) et augmente les biens du prieuré.

Après son décès en 1171, le Saosnois, jamais réuni au Comté du Maine, passe dans les mains de Jean 1er, comte d'Alençon, puis, par les mariages, dans celles des familles de Châtellerault, d'Harcourt, d'Alençon - alors qu'il subit la crise des XIVe et XVe siècles, les combats de la Guerre de Cent Ans et la destruction de Mamers par l'armée du comte de Salisbury. La fin des hostilités autorise la reprise économique et les débuts des reconstructions dont celle de l'église Notre-Dame. Le Saosnois revient alors à Charles IV; duc d'Alençon, qui meurt sans enfant après le désastre de Pavie. Sa veuve l'apporte à Henri d'Albret, roi de Navarre, son second mari. Leur fille unique, Jeanne Françoise d'Alençon, épouse en secondes noces Charles de Bourbon, duc de Vendôme puis, devenue veuve, obtient de François 1er l'érection de sa vicomté de Beaumont, dont relève la baronnie du Saosnois, en duché. Leur fils, Antoine de Bourbon, duc de Vendôme et roi de Navarre, en hérite. La Réforme et les luttes religieuses de la seconde moitié du XVIe siècle provoquent un nouveau déferlement de violences et de ruines. Après l'assassinat d'Henri III le Saosnois, comme l'ensemble du duché de Beaumont, demeure fidèle à Henri IV son dernier seigneur qui, devenu roi de France, unit son patrimoine a la couronne en Juillet 1607. Absent des institutions ecclésiastiques et de l'organisation administrative le Saosnois, malgré son caractère fiscale, n'est plus dès lors qu'une survivance du passé. Mamers, siège d'un bailliage royal - qui ne recouvre pas totalement le Saosnois - devient, au sein de cette riche région agricole, un centre administratif et économique avec son marché et sa manufacture de toiles qui se développent.

René PLESSIX